Syndrome de Stress Post-Traumatique ou SSPT

Tableau le double secret de René Magritte, pour illustrer l'article sur le syndrome de stress post-traumatique ou SSPT

Le syndrome de stress post-traumatique ou SSPT: quand le corps devient la mémoire du trauma

Le Syndrome de Stress Post-Traumatique ou SSPT est un trouble lié à un traumatisme dû à un événement brutal, vécu ou en ayant été témoin, un manque de lien d’attachement pendant l’enfant.
On a tous en tête cette image du traumatisme : un événement terrible, des flashbacks douloureux. et une longue thérapie sur un divan à parler de son passé. Et pendant longtemps, la science et la psychologie se sont concentrées là-dessus : sur l’histoire, sur les mots, sur ce qui se passe « dans la tête ».

Mais si je vous disais que cette vision, bien que vraie, est incomplète ? Et si le théâtre principal du traumatisme n’était pas seulement notre cerveau pensant, mais bien l’ensemble de notre corps ? C’est la révolution silencieuse que des chercheurs comme Bessel Van der Kolk ont amenée, et elle change tout.

Le cerveau en état de siège

Commençons par le commencement. Pour comprendre le traumatisme, il faut d’abord comprendre ce qui se passe dans notre tête quand on vit un danger. Imaginez votre cerveau comme une maison avec deux habitants très différents.

Au rez-de-chaussée, il y a votre système d’alarme, l’amygdale. C’est un gardien un peu brute, mais très efficace. Son boulot ? Détecter le danger et déclencher une réaction instantanée. On connaît bien la réponse « combat ou fuite ». Mais il y a une troisième option, tout aussi primaire : le figement. C’est ce qui arrive quand le danger est trop grand, trop proche, inévitable. Le corps s’immobilise, comme un animal qui fait le mort. C’est une stratégie de survie, elle aussi.

En temps normal, ce système d’alarme travaille en harmonie avec l’étage, là où se trouve notre « cerveau penseur » (le cortex préfrontal), celui qui analyse calmement les situations.

Mais lors d’un événement traumatique, le système d’alarme s’emballe. Il prend le contrôle de toute la maison et coupe la ligne avec les bureaux de l’étage. Pourquoi ? Parce que face au danger immédiat, ce n’est pas le moment de réfléchir.

Le problème, avec le trauma, c’est que même une fois le danger passé, le système d’alarme reste bloqué en position « ON ». Il continue de crier au loup pour un bruit anodin. La personne traumatisée n’est pas « faible » ou « folle ». Son cerveau est simplement piégé dans un mode survie permanent. Et selon les circonstances, ce mode survie peut la pousser à être en hyper alerte permanente, prête à exploser, ou au contraire à se figer à nouveau face à un stress, revivant dans son corps cette immobilité impuissante d’autrefois.

Le corps, cette mémoire qui ne ment pas

C’est là que l’idée fondamentale prend tout son sens dans l’approche du SSPT : « le corps n’oublie rien ». Il faut comprendre que la mémoire traumatique n’a rien à voir avec la mémoire ordinaire.

Quand vous vous souvenez de vos vacances de l’été dernier, vous avez un souvenir. Il est là, vous pouvez le raconter, et il est ancré dans le passé. C’est la mémoire dite « déclarative ». La mémoire traumatique, elle, fonctionne tout à fait différemment. Elle n’est pas un récit, c’est une réactivation.

Lorsqu’un élément déclencheur (une odeur, un bruit, une lumière) rappelle le trauma, le cerveau ne se « souvient » pas de l’événement : il le revit. Le corps est immédiatement inondé des mêmes hormones de stress, le cœur s’emballe, les muscles se tendent. Le passé fait irruption dans le présent avec une violence intacte. On ne raconte pas sa peur, on la ressent.

Cette énergie de survie n’a souvent pas pu aller à son terme au moment des faits. La personne n’a pas pu fuir, ni combattre, elle est restée figée. L’énergie déployée est restée bloquée, « gelée » dans le corps.

Résultat ? Cette énergie ne disparaît pas. Elle se manifeste des années plus tard sous forme de tensions chroniques, de douleurs inexpliquées, de migraines tenaces. Le corps est devenu le gardien d’un secret que la conscience a voulu enfouir. Il se souvient de la peur, de la rage et de l’impuissance, et il les exprime à sa manière, dans le silence des organes.

C’est pourquoi on peut passer des années à parler de son traumatisme sans jamais vraiment aller mieux. Le récit est cohérent, mais la mémoire du corps, elle, n’a pas été apaisée.

Le cœur de la guérison : se sentir exister

Et c’est là qu’on touche à une conséquence profonde du trauma : la perte de la conscience de soi. Pour survivre à l’insurmontable, le cerveau peut se couper de ce qui se passe dans le corps. C’est ce qu’on appelle la dissociation. On ne sent plus sa faim, sa fatigue, ses limites. On devient étranger à soi-même, à ses propres sensations. On survit, mais on n’habite plus vraiment son corps.

Or, la conscience de soi, cette capacité à ressentir ce qui se passe en nous, est au cœur de la guérison. Comment savoir ce dont on a besoin si on ne se sent pas ? Comment savoir qu’on est en sécurité si on ne ressent pas le relâchement de ses propres muscles ?

Pendant des décennies, la thérapie « par la parole » a été la référence. On appelle ça une approche « top-down » (du haut vers le bas) . On part du cerveau pensant, des mots, pour tenter de calmer le corps. On essaie de raisonner l’amygdale, de lui dire : « Tout va bien, c’est fini ». Mais quand l’alarme est en mode survie, elle n’entend plus la raison.

C’est là qu’intervient l’approche « bottom-up » (du bas vers le haut) , celle par le corps. L’idée est simple : puisque le problème est logé dans le corps et que la connexion à soi est rompue, c’est par le corps qu’il faut commencer la réparation.

L’objectif n’est pas de « penser » pour se calmer, mais d’offrir au système nerveux des expériences correctrices. Il s’agit de réapprendre à son corps qu’il peut habiter le moment présent sans avoir peur. De lui montrer, pas à pas, qu’il peut se détendre, qu’il peut ressentir des sensations agréables, qu’il est en sécurité. Il s’agit de reconstruire, brique par brique, cette conscience de soi perdue.

Réapprivoiser son corps

Concrètement, à quoi ça ressemble ? Les pistes explorées sont multiples et toutes aussi fascinantes.

Prenons le yoga, par exemple. Ce n’est pas juste une activité de bien-être. C’est un outil thérapeutique puissant. Pour une personne traumatisée, le corps est souvent une source d’effroi, un territoire étranger et dangereux. Le yoga, en douceur, lui réapprend à se reconnecter à ses sensations, à respirer calmement, à ressentir ses limites physiques dans un cadre sécurisé. C’est une réappropriation progressive de sa propre chair.

Il y a aussi des thérapies comme l’EMDR, qui utilise les mouvements oculaires pour aider le cerveau à « digérer » des souvenirs bloqués. Ou encore le neurofeedback, qui rééduque le cerveau à produire les bonnes ondes. Toutes ces approches ont un point commun : elles ne passent pas d’abord par la parole. Elles s’adressent directement au système nerveux pour l’aider à se « décoincer », à retrouver sa flexibilité et à renouer avec la capacité de se sentir simplement vivant et présent.

Un chemin d’espoir

Comprendre cela signifie que la guérison est possible, mais qu’elle doit emprunter des chemins parfois inattendus.

Si vous vous sentez concerné par ces lignes, ou si vous cherchez à comprendre un proche, souvenez-vous de ceci : les maux du corps sont souvent la voix de mémoires anciennes. La première étape n’est pas de tout comprendre, mais d’apprendre à écouter. D’observer ses propres tensions, ses propres sensations, sans jugement. De réaliser que la clé de la guérison ne se trouve pas seulement dans les souvenirs de la tête, mais aussi dans ce que le corps, patiemment, essaie de nous dire. Et de chercher une aide qui saura prendre soin de cette dimension trop longtemps oubliée.


Petit lexique pour mieux comprendre

  • Figement : La troisième réponse de survie, après la fuite et le combat. Face à un danger inévitable, le corps s’immobilise. Cette réponse peut rester « bloquée » et se re-déclencher bien après l’événement.
  • Mémoire traumatique : Une mémoire sensorielle et émotionnelle. Contrairement à un souvenir classique, elle ne « raconte » pas le passé, elle le fait revivre corps et âme dans le présent.
  • Conscience de soi : La capacité à ressentir ce qui se passe à l’intérieur de son corps (sensations, émotions). C’est le fondement de notre sentiment d’exister, et un levier essentiel de la guérison.
  • Approche top-down : Une approche thérapeutique qui part du cerveau pensant (les mots, la réflexion) pour tenter d’apaiser le corps et les émotions.
  • Approche bottom-up : Une approche thérapeutique qui part du corps (respiration, mouvements, sensations) pour apaiser le système nerveux et, de là, permettre au cerveau pensant de retrouver sa place.

Note : Cet article s’inspire librement des concepts développés par le psychiatre et chercheur Bessel Van der Kolk, en particulier dans son ouvrage de référence « Le corps n’oublie rien » (2015). Les idées présentées ici sont une interprétation et une vulgarisation de ses travaux, dans le but de les rendre accessibles à un large public.